Sur les pistes du Zimbabwe

17 janvier 2014

 

 

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     Chapitre VIII

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    Great Zimbabwe

       

 

Après avoir connu son heure de gloire dans les années 1980-1990, le tourisme au Zimbabwe s'est effondré dans les années 2000 lorsque le président du pays, Robert Mugabe, a mis en œuvre sa réforme agraire par la violence. La minorité blanche a été contrainte à l'exil, ce qui a mené le Zimbabwe à la ruine. En février 2009, un «gouvernement d'unité» entre le pouvoir en place (ZANU-PF) et le parti d'opposition (MDC) a permis l'adoption du dollar américain, mettant ainsi fin à l'inflation démentielle du dollar zimbabwéen. La situation économique du pays s'est alors beaucoup améliorée dans les années qui ont suivi.

A présent, un voyage au Zimbabwe ne pose aucune difficulté logistique : les étagères des supermarchés sont pleines et les stations-service sont ravitaillées en carburant. Le pays est plutôt sûr en prenant les précautions élémentaires de sécurité. Les Zimbabwéens sont naturellement souriants, aimables et hospitaliers. Leur esprit travailleur et leur sens du service offre en l'occurence un contraste notable avec la nonchalance que l'on peut rencontrer dans les pays voisins.

Malgré les aléas de la dictature, la faune est généralement restée abondante dans les parcs nationaux. Un safari au Zimbabwe peut s'avérer d'autant plus intéressant que les visiteurs sont encore peu nombreux pour le moment. Les tarifs des parcs varient en fonction de l'intérêt des paysages et de la faune mais restent abordables à l'instar des autres sanctuaires animaliers d'Afrique australe. Tous les parcs administrés par la ZAWA possèdent des campings publics et des bungalows à prix modiques. Il faut noter toutefois que les infrastructures sur place ont beaucoup souffert d'une décennie de négligence et de manque de fonds. Les restaurants, les bars et les magasins de souvenirs, quand ils étaient présents dans les camps des parcs, ont été fermés et laissés à l'abandon. Les blocs sanitaires des campings ont également subit l'outrage du temps. Néanmoins, les petits inconvénients touchant au confort se trouvent facilement éludés par la prévenance du personnel et la beauté de la nature.

 

 

     Bulawayo Club.

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Bulawayo est une ville agréable : le centre-ville a conservé de beaux bâtiments d'architecture britannique, et les quartiers résidentiels sont parcourues de longues allées ombragées par les jacarandas.

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 Musée d'Histoire Naturelle.

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A War Dance of the Matabili (The Illustrated London News, 1872).

Matabili War Dance

Diligence de la compagnie Zeederberg. 

Zeederberg Mail Coach 

Les diligences Concord étaient fabriquée aux Etats-Unis par l'entreprise Abbot-Downing. Elles avaient fait la preuve de leur robustesse durant la conquête de l'Ouest. Leur marque de fabrique était un système confortable de suspension : des lanières de cuir très solides portaient la cabine qui pouvait se balancer en avant et en arrière. Les chocs de la route étaient ainsi absorbés, ménageant autant les passagers que les chevaux.

Diligence partie de Tuli

En 1891, la compagnie Zeederberg met en place un service de diligences Concord qui transporte le courrier et les passagers entre Pretoria, au Transvaal, et Salisbury, au Mashonaland. A l'époque, la création de cette ligne régulière est une entreprise audacieuse car elle se heurte à des obstacles majeurs comme les lions, les éléphants, la peste équine et l'absence totale de chemin et de ponts

Zeederberg Coach, Bulawayo, vers 1896.

Depart de Bulawayo, Zeederberg Coach, vers 1896 b

Les diligences de la compagnie Zeederberg sont tractées par 10 ou 12 mules maintenues en permanence au galop, le voyage s'effectuant jour et nuit. Les passagers qui s'entassent dans la diligence n'ont aucun moyen de s'allonger. De courtes pauses ont lieu à des relais établis tous les 10 à 20 miles pour changer les attelages de mules. Quand les pistes sont détrempées par les pluies, les diligences peuvent se renverser ou rester bloquées dans la boue pendant plusieurs heures.

Nesbitt Castle.

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Musée du Chemin de Fer.

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Salle à manger dans le wagon de Cecil Rhodes.

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 Paysage de la région de Masvingo.

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Les routes du Zimbabwe partent en étoile depuis la capitale, Harare. Elles sont généralement d'excellente qualité, ce qui paraît surprenant après la période noire des années 2000. Toutefois, certaines portions de routes peuvent être très mal nivelées, ce qui rend la conduite inconfortable, voire périlleuse, au-delà de 80 km/h.

Le pays est quadrillé par des barrages de police, lesquels se succèdent à intervalles plus ou moins régulier (entre 10 et 50 km). Ces postes de contrôle qui sont signalés par un simple panneau pliable ont pour but de vérifier les permis de conduire, et pour les étrangers, le paiement de la taxe d'importation de leur véhicule. Les policiers se montrent courtois et bienveillants envers les touristes, lesquels sont souvent invités par un geste de la main à poursuivre leur route sans même s'arrêter. Des péages ont été installés récemment sur les axes principaux du pays (1 dollar US pour les voitures).

Dans les villes, les voies secondaires peuvent être très détériorées par les nids-de-poule. Un 4X4 s'avère indispensable pour circuler à l'intérieur des parcs nationaux, lesquels se visitent en général à la saison sèche (mai-octobre).

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Vue sur la rivière Save depuis Chilo Lodge, face au parc national de Gonarezhou.

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Nhambo Self-Catering. 

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Chilo Gorge Safari Lodge est l'établissement le plus confortable dans la région de Gonarezhou. Il est bâtit sur un site spectaculaire au bord de la rivière Save, à la limite orientale du parc. Le prix des bungalows de luxe peut être dissuasif pour certains budgets. C'est pourquoi Chilo lodge propose une autre formule sur un site tout proche (Nhambo Self-Catering) : quatre bungalows construits à l'identique de ceux du lodge, mais à utiliser en self-catering. Autrement dit, une cuisine unique permet aux clients de préparer eux-même leurs repas, lesquels peuvent être pris dans une salle à manger installée en hauteur sous un toit de chaume et agréablement ouverte sur l'extérieur. Depuis la terrasse des bungalows, la vue sur la rivière Save est plus belle encore qu'au lodge, et le prix par personne est divisé par cinq !

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 Marche dans le parc de Gonarezhou avec un guide armé.

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Le parc de Gonarezhou s'étend sur 5 000 km² de Lowveld à la frontière avec le Mozambique. Il abrite un grand nombre d'éléphants (plus de 9 000 selon une étude aérienne en 2009), ainsi que des buffles, des girafes, des zèbres, des koudous, des élands, des nyalas, des lions, des léopards et des guépards. Hormis les éléphants, la faune locale n'est pas facile à observer, mais les paysages immenses et sauvages valent à eux-seuls le détour.

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Les éléphants de Gonarezhou ont souffert d'une chasse intensive durant la guerre civile au Mozambique. Bien que les hostilités dans ce pays frontalier aient pris fin il y a deux décennies, les éléphants de Gonarezhou restent particulièrement craintifs et agressifs. Comment pourrait-on le leur reprocher ? En pratique, la fuite ou la charge d'intimidation étant presque systématique, il faut simplement garder avec eux une distance de sécurité un peu plus grande que dans d'autres parcs nationaux en Afrique.

Chutes de Chivirira, à proximité de Chilo Lodge.

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 Entrée dans le parc de Gonarezhou par la porte de Chipinda Pools.

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Rivière Runde.

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 Camping de Chipinda Pools, face aux hippopotames.

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Oréotrague mâle.

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Scarabée bousier. 

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Vervets.

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Chilojo Cliffs. 

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 Un éléphant a grignoté ce mopane à seulement 1 mètre du bord de la falaise.

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 Great Zimbabwe.

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Les ruines de Great Zimbabwe marquent l'emplacement d'une ancienne cité qui aurait accueilli jusqu'à 18 000 habitants durant son apogée au 14ème siècle. L'édifice le plus monumental, Great Enclosure, présente des murs de 11 m de haut, 5 m de large et 250 m de long, ce qui en fait l'ouvrage de pierre le plus imposant au sud du Sahara.

Le caractère unique de Great Zimbabwe tient aussi à son architecture, car les briques taillées dans le granit ont été assemblées sans mortier. La technique de construction est parfois si élaborée que les Européens qui étudièrent ces ruines vers la fin du 19ème siècle se refusèrent à admettre qu'elles étaient l'oeuvre d'Africains. Le voyageur anglais James Theodore Bent les attribuait aux Phéniciens. Le géologue allemand Karl Mauch quant à lui pensait avoir découvert la cité d'Ophir, célébrée dans la Bible pour ses richesses.

Les fouilles archéologiques effectuées au cours du 20ème siècle par de véritables scientifiques ont mis fin à ces théories fantaisistes en prouvant que les bâtisseurs étaient des Bantous, sans doute des Gokomere dont sont issus les Shona, l'ethnie actuellement majoritaire au Zimbabwe. La construction de Great Zimbabwe aurait débuté au 11ème siècle et se serait poursuivie durant 300 ans.

Great Zimbabwe était la capitale d'un royaume très organisé. Dans les premiers temps, la cité vivait surtout de l'élevage et des cultures, mais par la suite elle sut tirer profit de sa situation stratégique dans l'intérieur du continent pour commercer avec les marchands swahilis du port de Kilwa (côte tanzanienne). L'or, le cuivre et l'ivoire étaient ainsi troqués contre de l'artisanat importé d'Arabie, de Perse et même de Chine (tissus, perles de verre, vaisselle de porcelaine).

Great Zimbabwe fut abandonné vers 1450. Les causes du déclin de la cité restent obscures. Une majorité d'historiens écartent désormais l'hypothèse d'une invasion ou d'un bouleversement politique pour privilégier celle d'un épuisement des ressources naturelles de la région en raison d'un développement démographique trop important. Les habitants auraient simplement quitté les lieux pour s'installer dans des communautés plus petites à Khami, Dhlo Dhlo ou Nalatale.

Au 16ème siècle, les Portugais établis sur la côte connaissaient l'existence de cette cité. Vicente Pegado, alors capitaine de la garnison de Sofala, en fait la première mention écrite en 1531, évoquant "une forteresse en pierre de dimension impressionnante" que les indigènes nomment "Symbaoe". 

En fait, "zimbabwe" désigne toutes les anciennes constructions en pierre de la région. Ce terme shona serait une altération de "dzimba dza mabwe" ("maisons de pierre" en Karanga). Le site le plus spectaculaire du pays a été qualifié à une période récente de "Grand Zimbabwe" pour le distinguer des autres ruines de moindre intérêt. En 1980, l'ancienne capitale du royaume de Zimbabwe a donné son nom à l'état actuel.

Vue sur Hill Complex, au sommet du kojpe.

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Great Enclosure.

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Great Zimbabwe (1)

 Des rondavels au comfort sommaire sont proposés sur le site pour un prix modique.  

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 Parc national de Matobo.

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Maleme Dam.

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Grotte de Pomongwe.

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View of the World.

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Tombe de Cecil Rhodes.

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Cecil John Rhodes (1853-1902).

Cecil John Rhodes

L'homme d'affaire qui avait fait fortune dans le diamant en créant la société De Beers a joué un rôle politique majeur en Afrique australe. Partisan de l'impérialisme britannique qu'il voulait étendre du Cap au Caire, il fut élu Premier ministre de la Colonie du Cap en 1890. La même année, il équipait une colonne de pionniers (Pioneer Column) pour envahir le Mashonaland. C'est au cours de cette expédition militaire que fut fondée Fort Salisbury (aujourd'hui Harare, capitale du Zimbabwe). En 1894, les colons britanniques s'emparaient du Matabeleland. Les territoires ainsi conquis au nord du fleuve Limpopo furent nommés "Rhodesia" à partir de 1895, en l'honneur de Cecil Rhodes. La Rhodésie est devenu le Zimbabwe en 1980. 

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Grotte de Nswatugi.

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Peintures de Bushmen (datation estimée entre 6 000 et 10 000 ans). 

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Whovi Widerness Area : "Tout individu convaincu ou suspecté de braconnage peut être tiré à vue". 

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La route goudronnée entre Maleme Dam et Entrance Gate est accessible aux voitures de ville, mais les autres pistes du parc sont très accidentées et nécessitent impérativement un 4X4. 

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Togwana Dam.

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Mtsheleli Dam.

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Anti-poaching unit.

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Traversée de lycaons sur la route de Hwange.

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Parc national de Hwange.

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Hwange est le plus grand parc du Zimbabwe (14 651 km²). Il abrite entre 20 000 et 40 000 éléphants suivant les années. La marge d'estimation est très large car les éléphants de Hwange migrent au Botswana, en Namibie, en Zambie et en Angola. Le parc est également peuplé de zèbres, de girafes, de buffles et de diverses antilopes. Parmi les grands prédateurs, on trouve des lions, des léopards, des guépards et des hyènes brunes. Enfin, le parc est un refuge pour des espèces rares comme le lycaon, l'hippotrague, l'antilope rouanne et le rhinocéros noir.

Dans le sud du sanctuaire, les paysages sont caractéristiques du semi-désert du Kalahari (Sandveld). Le nord-ouest présente un visage très différent avec ses collines recouvertes d'épaisses forêts de mopane. Les trois camps du parc disposent de bungalows et de terrains de camping. Sinamatella Camp est sans conteste l'endroit le plus charmant pour passer la nuit; tous les bungalows offrent une belle vue depuis leur terrasse, mais seulement trois sites de camping sont situés au bord de la montagne. Il faut donc arriver tôt pour réserver son emplacement devant le fantastique panorama d'une plaine arborée s'étendant à perte de vue. Plusieurs caches aménagées à des points d'eau artificiels permettent une excellente observation de la faune sauvage (notamment à Nyamandhlovu Pan).

Le trajet entre Main Camp et Shumba Hide s'effectue sur une petite route goudronnée. Excepté quelques tronçons miraculeusement préservés, cette voie est dans un état calamiteux après des années de négligence. Les pistes qui relient Shumba Hide à Sinamatella Camp et Robins Camp sont excellentes en saison sèche. En revanche, entre novembre et mars, elles deviennent très boueuses après la pluie. La conduite avec une voiture de ville devient alors difficile. Les pistes secondaires quant à elles peuvent être totalement impraticables, même avec un bon 4X4.

Hwange est un parc très sauvage mais la maintenance des pompes aux points d'eau et la lutte contre le braconnage y souffrent cruellement d'un manque de fonds. La protection de la faune n'a jamais été une priorité pour le gouvernement de Robert Mugabe, et le parc dépend beaucoup de l'aide de quelques organisations de conservation.

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Cigogne d'Abdim.

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Jabiru.

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Cigogne épiscopale.

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Cigogne blanche.

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 Observatoire de Nyamandhlovu.

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Grand koudou.

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Jeune phacochère.

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Mandavu Dam. 

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Daman des arbres.

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Vue depuis le camp de Sinamatella.

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Le bar-restaurant du camp est laissé à l'abandon depuis plusieurs années.

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Le portrait de Mugabe trône fièrement au milieu de la salle à manger. Le dictateur qui a ruiné son pays par son fanatisme politique semble dire : "Regardez ce que j'ai fait, et j'en suis fier!" 

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 Robins Camp.

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Herbert George Robins (1867-1939).

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Au moment de sa création en 1928, la réserve de Wankie est bordée sur sa limite nord par les fermes d'Herbert G. Robins. Recouverte de forêts de mopane et traversée par une rivière pérenne, la Deka, cette région est naturellement plus riche en gibier que la zone semi-aride au sud. L'adjonction en 1939 de cette partie plus favorisée par la nature va donc jouer un rôle essentiel dans l'établissement du futur parc national de Hwange, aujourd'hui l'un des sanctuaires africains les plus réputés pour le safari.

A 19 ans, Herbert G. Robins (1867-1939) a quitté son Kent natal pour mener une vie d'aventures en Australie, en Nouvelle-Guinée, dans la colonie du Cap, au Griqualand West (Afrique du Sud), au Matabeleland (Zimbabwe), au Congo, au Barotseland (Zambie) et en Angola. Désireux de se retirer au Matabeleland, il a acheté la propriété de "Little Tom" en 1912 pour se lancer dans l'élevage de bétail. Trois autres domaines qu'il a acquis par la suite ont fait accroître la superficie de ses terres à 25 000 acres (environ 10 000 hectares). 

Robins est très fier de la faune sauvage qu'il détient sur ses fermes et la laisse partager l'espace avec ses troupeaux de bœufs. Occasionnellement, il abat des girafes et des antilopes pour en vendre les peaux et procurer de la viande à ses chiens, mais au fil du temps, sa passion pour la chasse s'estompe à mesure que grandit son intérêt pour la conservation. Au début des années 1930, le vieil homme est de plus en plus sollicité par des automobilistes de passage qui sont curieux de voir des animaux sauvages, devenus rares à cette époque dans une grande partie de la Rhodésie du Sud. Il accède volontiers aux désirs de ses visiteurs en leur fournissant un guide qui les emmène en safari sur les pistes de ses fermes.

Robins finit par vendre son bétail pour transformer sa propriété en réserve animalière. Désormais, il y interdit fermement à son personnel toute chasse ou piégeage de la faune sauvage. Partisan enthousiaste de la réserve de Wankie, il désapprouve vivement les fermiers locaux qui en réclament l'abolition pour y élever du bétail. Craignant le démembrement de ses terres à sa disparition, il offre en 1934 de les léguer au gouvernement de Rhodésie du Sud, à la condition qu'elles demeurent un sanctuaire de nature sauvage. La proposition est acceptée, et après le décès de Robins en 1939, "Tom's Farm" devient "Robins Camp Sanctuary" et est intégré à la réserve de Wankie.

Personnage solitaire et fantasque, Robins vivait dans une cabane en torchis sur le site actuel de Robins Camp, barricadé derrière une solide palissade de pieux où une meute d'énormes Danois montait la garde, aboyant férocement à la vue des rares visiteurs qui osaient s'approcher pour sonner à la cloche d'entrée. Les portes de sa maison étaient criblées de balles car il avait l'habitude de les prendre pour cible avec son fusil lorsqu'il buvait un peu trop de whisky. Passionné d'astronomie, il s'était fait construire un observatoire où il passait ses nuits à scruter les étoiles avec son téléscope. 

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Durant la saison des pluies, les pistes principales de Hwange peuvent être complètement inondées.

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Après de grosses averses, il vaut mieux renoncer à emprunter les pistes secondaires qui se changent en bourbier infranchissable. Même en roulant sur l'herbe, le 4X4 peut patiner sur le sol spongieux si l'on n'avance pas à une certaine vitesse. La seule option pour éviter les passages de gadoue est de zigzaguer à toute allure entre les arbres et les buissons sur les côtés de la piste. 

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Réveillon du Nouvel An à Deteema Hide.

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 La cache de Deteema est idéalement située au bord d'un point d'eau pour observer les animaux qui viennent s'abreuver.

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Nous avions réservé la cache de Deteema pour la nuit du 31 décembre. Vers 21 h, alors que nous dégustions des toasts au foie gras, nous avons entendu un lion rugir plusieurs fois, peut-être à un kilomètre de là. Cette complainte sourde est vraiment la voix de l'Afrique. Elle donne à une nuit en brousse une atmosphère délicieusement inquiètante.

J'étais ravi car en préparant ce voyage au Zimbabwe, j'avais précisément émis le souhait un peu candide d'entendre les lions pour le réveillon de la nouvelle année. Nous étions en train de nous amuser de cette surprenante coïncidence quand un autre lion a soudain répondu à son congénère, mais cette fois-ci avec un rugissement beaucoup plus proche, à moins de 300 m de là...

Quelques heures plus tôt, nous avions dressé notre tente sous le toit de chaume qu'offrait la cache afin d'y passer la nuit au sec. Or le camp n'était protégé que par des vestiges de clôtures, une sorte de boma en troncs d'arbres complètement détérioré : des trous étaient assez larges pour laisser passer un lion, et il n'y avait de toute façon plus de portail. Dans l'après-midi justement, nous avions surpris des lionnes en train de chasser dans les environs de Deteema.

En entendant le deuxième lion rugir, nous avons donc opéré une retraite stratégique dans le 4X4 où il a fallu se décider à passer la nuit. Je préférais en effet prendre acte des nombreuses histoires dont j'avais entendu parler sur des campeurs ayant reçu une visite nocturne de fauves autour de leur tente.

Le lendemain matin, je n'ai malheureusement pas vu d'empreintes dans le camp, mais les lions ont rôdé toute la nuit dans les parages car ils se sont remis à rugir au lever du jour. Quel dommage qu'il n'ait pas poussé la curiosité jusqu'à notre véhicule : j'avais mis tout le bois dans le feu pour les voir arriver... Quoi qu'il en soit, nous ne sommes pas prêts d'oublier ce réveillon en brousse.

Statue de David Livingstone à Victoria Falls.

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Chutes Victoria.

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Le pont sur le Zambèze marque la frontière entre la Zimbabwe à gauche et le Zambie à droite.

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Victoria Falls Hotel.

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Cet hôtel a conservé toute l'atmosphère coloniale qui fait son charme inimitable. En 1904, les premiers bâtiments sur place n'étaient que de simples baraquements en bois édifiés hâtivement pour héberger les employés de Rhodesia Railways qui construisaient le pont du Zambèze. Dès la fin de ces travaux, les logements temporaires de la compagnie de chemins de fer étaient destinés à être détruits. Or l'affluence croissante des touristes allait assurer définitivement la pérennité de l'hôtel : grâce à l'extension de la voie ferrée depuis Bulawayo, terminée en avril 1904, le site des Chutes Victoria était désormais accessible en seulement 4 jours à partir de Cape Town.

En 1905, l'établissement se faisait livrer deux anciens hangars à locomotive pour créer de nouveaux logements ainsi qu'une salle à manger. De 1914 à 1917, l'hôtel était entièrement reconstruit en brique. En 1927, il s'agrandissait encore d'une cinquantaine de chambres, bâties sur les ailes de l'édifice. Les travaux de la piscine étaient achevés en 1928, et ceux des jardins de la cour d'entrée en 1929.

De mai 1948 à novembre 1950, la compagnie aérienne BOAC assurait des vols commerciaux en hydravions "Short Solent" entre Southampton (Angleterre) et Johannesburg (Afrique du Sud). Ce voyage de 6 350 miles durait alors 4 jours et demi, faisant étape à Augusta, Alexandrie, Khartoum, Port Bell et Victoria Falls. Ces hydravions pouvaient transporter 36 passagers et 5 membres d'équipage. A l'étape de Victoria Falls, ils amérissaient sur le Zambèze à quelques miles en amont des chutes. Les passagers étaient amenés sur la terre ferme en bateau puis conduits en véhicule jusqu'à l'hôtel Victoria Falls pour y passer la nuit. Cette étape, qui était l'une des plus prisée du parcours, fut rapidement surnommée la "Jonction de la Jungle" (Jungle Junction). 

Hydravion sur le Zambèze

Une peinture murale dans le hall d'entrée de l'hôtel Victoria Falls commémore la ligne aérienne de la BOAC en hydravions.

BOAC Victoria Falls Hotel

L'hôtel Victoria Falls a reçu la visite de plusieurs membres de la famille royale d'Angleterre, notamment le Duc et la Duchesse de Connaught en 1910, le Prince de Galles en 1925 (future Roi d'Angleterre Edward VIII), ainsi que le Roi d'Angleterre Georges VI en 1947, accompagné de la Reine Elizabeth et des Princesses Margaret et Elizabeth (future Reine d'Angleterre Elizabeth II). 

L'hôtel Victoria Falls après sa première reconstruction, achevée en 1915. Le second étage de la véranda sera ajouté en 1927, donnant à l'hôtel sa belle façade actuelle. 

Victoria Falls Hotel after its reconstruction in 1915

Agatha Christie a également séjourné à l'hôtel Victoria Falls en 1922. Elle accompagnait alors son mari, le Colonel Archibald Christie, dans une mission pour la promotion de l'Exposition de l'Empire. "Notre séjour ici a été fort agréable, écrit-elle dans une lettre à sa mère. Je ne puis me faire à l'idée de devoir partir. Ce n'est pas seulement le site des chutes qui vaut le voyage, c'est toute la région qui est splendide. Il n'y a pas de route, juste quelques chemins, l'hôtel et la forêt vierge. Les bâtiments de plain-pied sont construits tout en longueur et peints en blanc. Cet établissement offre des chambres remarquablement propres, lesquelles sont équipées de moustiquaires en prévention de la malaria."

En août 1924, Agatha Christie publiait son cinquième roman policier, The Man in the Brown Suit (L'homme au complet marron). L'auteur s'est largement inspiré de son voyage en Rhodésie du Sud car une partie de l'intrigue se déroule à l'hôtel Victoria Falls.

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Les embruns des Chutes Victoria sont visibles depuis l'hôtel.

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Livingstone Room.

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Vervets

 

 

Pour continuer l'aventure :

 

Voyage au Cap-Occidental 

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Posté par Emmanuel THERET à 23:17 - Commentaires [0] - Permalien [#]